C'est l'Elysée qui a annoncé la nouvelle vendredi vers 18h30 : l'armée française a donné       l'assaut dans l'après-midi contre le Tanit, le petit       voilier capturé le week-end dernier dans le Golfe d'Aden avec à son bord deux couples français et un enfant.  Pendant l'opération, un des otages, le propriétaire du bateau et père de l'enfant, est décédé, touché lors d'un échange de tirs entre pirates et forces spéciales, a indiqué le ministre de la Défense Hervé Morin. Les autres otages, dont l'enfant de trois ans, sont en revanche sains et saufs. Cinq pirates étaient à bord au moment de l'assaut, dont "deux ont été tués immédiatement et un est tombé à l'eau", a ajouté Hervé Morin

      Le palais présidentiel a expliqué que "des négociations" avaient été "engagées" jeudi "pour persuader les pirates de renoncer à leur entreprise       criminelle". Selon le ministre de la Défense, les négociateurs français ont "proposé une rançon" aux pirates. "Toutes ces choses ont été en permanence et constamment       refusées", a poursuivi le ministre, ajoutant que les forces françaises, qui ont immobilisé le voilier jeudi en tirant dans la voilure, ont également proposé "d'échanger la mère et       l'enfant contre un officier". Vendredi, "les menaces se faisant plus précises, les pirates refusant les propositions qui leur étaient faites et le Tanit dérivant vers la côte, une opération pour libérer les otages a été       décidée", a ajouté le palais présidentiel. Dans ce genre de situation, la décision finale de lancer l'assaut ou non revient généralement au président de la République, après consultations et avis des différents chefs d'état-major concernés. Dans un communiqué, Nicolas Sarkozy a réaffirmé vendredi soir "toute la détermination de la France à ne pas céder au chantage et à       tenir en échec la piraterie". Il a également rendu "hommage au courage des militaires engagés dans cette opération" et annoncé qu'il  "recevra les otages à leur retour en France".

      "Fuir la société de consommation"
      A bord du Tanit, se trouvait donc deux       couples et un enfant. Parti de Vannes fin juillet, le       premier avait l'intention de se rendre à Zanzibar. Il avait embarqué le deuxième couple sur le chemin. Dans son blog, le couple à l'origine de l'expédition écrivait le 20 mars,       quelques jours avant son attaque par les pirates : "A partir de la nuit du 15 au 16 (mars) nous commençons à naviguer tous feux éteints. Nous sommes en plein dans la zone à risque pour le piratage, cependant rien à signaler". "Le danger existe, et il s'est sans doute accru au fil de ces derniers mois, mais l'océan reste vaste. Les pirates ne doivent pas anéantir notre rêve", ajoutait-il. Il avait également mis plusieurs vidéos de son voyage sur WAT.    

Dans ce secteur où les risques de piratage sont grands, les voiliers de plaisance voyagent le plus souvent en convoi pour tenter de diminuer les risques. Mais ce n'était pas le cas pour le Tanit.  Mardi, trois jours       après l'attaque par les pirates, l'Etat-major des armées à Paris avait annoncé que la marine nationale avait "formellement déconseillé" au Tanit de poursuivre sa route vers le Kenya en raison de la recrudescence des actes de piraterie. De fait, sur son blog, l'équipage relatait un premier contact avec un hélicoptère militaire français dans le golfe d'Aden, le 17 mars au matin, puis un nouveau contact avec la frégate de       surveillance, le Floréal, qui participe à l'opération       européenne Atalante contre la piraterie dans le golfe       d'Aden. Selon lui, le Floréal a accompagné le voilier du 17 au 20 mars, lui conseillant de faire route plutôt vers les Seychelles. L'équipage du bateau avait donc passé outre ces recommandations. Le Quai d'Orsay avait également confirmé ces informations, jugeant       l'attitude de l'équipage "peu compréhensible".
      Selon le quotidien Ouest-France, qui l'avait interviewé peu avant son départ de Vannes  en juillet 2008, le couple affirmait vouloir "fuir la société de       consommation et sa routine pour vivre une aventure au long cours".