Par Raphaël Mvogo 

     Yaoundé, 7 avril (Xinhua) -- Une Organisation non gouvernementale (ONG) active dans le suivi du pipeline Tchad- Cameroun, la Fondation camerounaise d'actions rationalisées et de formation sur l'environnement (FOCARFE) a organisé le 20 mars dernier à Kribi, une ville balnéaire à quelque 300 km au sud de Yaoundé, la capitale du Cameroun, une journée d'information sur l' impact social de cet oléoduc dans la région du Sud.

     Un mois auparavant, une rencontre similaire concernant la  région du Centre s'était tenue à Obala, à près de 40 km à l'ouest  de Yaoundé. C'est une opération qui consistait à la restitution des résultats d'une étude menée auprès des populations riveraines sur les effets du pipeline Tchad-Cameroun, rendue en 2009 à la sixième année de sa phase d'exploitation.

     "Le cadre de vie s'est dégradé dans certaines localités à cause de la pollution des cours d'eau. Ce qui fragilise la santé des  riverains et les prive des sources d'eau potable. Les promesses portant sur les compensations communautaires et le dédommagement  n' ont pas jusqu'ici toutes été tenues, près ou plus de dix ans  après le début de ce processus", souligne l'étude dont Xinhua a  obtenu copie.

     "C'est aussi le cas, poursuit-elle, de la construction des  logements améliorés en faveur des pygmées, l'amélioration de leur  citoyenneté par l'établissement des cartes nationales d'identité. En outre, les pygmées toujours sous-scolarisés".

     Elaboré et mis en oeuvre, avec le concours de la Banque  mondiale, par un consortium, la Cameroon Oil Transportation Company (COTCO), constituée de trois compagnies pétrolières, Exxon Mobil (40% des parts du capital), Petronas (35%) et Chevron (25%), le pipeline Tchad-Cameroun est un investissement ayant mobilisé 3, 7 milliards de dollars. Il se traduit par l'exploitation au Tchad de 300 puits de pétrole brut dans 3 champs pétrolifères. Le transport de cette ressource s'étend sur 1070 km, dont 891 au Cameroun, reliant Doba à la côte Atlantique à Kribi.

     Précisément, le pétrole tchadien est acheminé au Cameroun, qui  abrite par ailleurs deux des trois stations de pompage, sur la  côte atlantique à Kribi, où le brut est exporté vers les marchés internationaux (le Tchad n'ayant pas un accès à la mer) et où sont installés une station de réduction de la pression et un terminal flottant de stockage et de déchargement. L'oléoduc traverse directement 242 villages du pays, répartis dans cinq des dix  régions administratives de ce pays et douze départements.

     Le projet est considéré comme "le plus important du secteur  privé en Afrique subsaharienne actuellement". Cependant, FOCARFE martèle que son impact social suscite des grincements de dents  chez les populations riveraines. "Aujourd'hui, les conflits entre  COTCO et les riverains persistent et sont à l'origine de l'  emprisonnement de certains riverains. Les abus du constructeur  sont flagrants en divers domaines tels que par exemple les  surfacturations de matériels octroyés aux communautés dans le  cadre des compensations", mentionne-t-elle.

     Ces matériels, précise-t-elle, sont "de loin facturés plus  chers que sur le marché local où ils ont pourtant, dans le meilleur des cas, été achetés, d'autres possibilités étant des fabrications artisanales de piètre qualité". Parmi les exemples cités, figure le cas des moulins livrés aux communautés à des prix fluctuants entre 700.000 et 750.000 francs CFA. Alors que, "entre 2001 et 2002 dans les quincailleries de la place, les prix des moulins thermiques à essence de 5 CV n'excédaient pas 300.000  francs CFA". 

     Déjà, fait observer l'étude, "contrairement à ce que prévoit le catalogue de choix, en termes de puissance, soit 5 CV, les moulins inspectés sur le terrain développent une puissance variante entre 3 et 3,5 CV".

     Une plate-forme existe pour résoudre les problèmes survenus  dans les communautés traversées par l'oléoduc. Elle regroupe le comité de pilotage et suivi des pipelines créé par le gouvernement camerounais, des ONG et la COTCO. Outre FOCARFE, trois autres ONG  y sont associées, à savoir le Centre d'études et de développement (CED), le Réseau de lutte contre la faim (RELUFA) et le Centre africain de recherches forestières appliquées et de développement (CARFAD).

     A COTCO, les responsables réfutent les accusations de FOCARFE,  qu'ils estiment surprenantes. "L'entreprise a respecté ses engagements pour les compensations en faveur des populations. Au delà-de ces obligations, elle a développé toute une artillerie de projets. Par exemple, en collaboration avec le diocèse d'Obala, un centre de santé a été construit et équipé dans cette ville. Ce n'était pas une exigence du plan de gestion environnementale", a déclaré à Xinhua Guillaume Kwellé, chargé de la communication et  des relations publiques.

     Au total, a-t-il soutenu, le consortium a versé "près de 5  milliards de francs CFA au profit de près de 5.000 personnes en terme de compensations individuelles pour la perte de l'usage temporaire et définitif des terrains et des ressources naturelles non ligneuses". Il a précisé que "les compensations se payaient  sous forme de micro-projets, au choix des populations".

     En outre, COTCO a dépensé "deux milliards de francs CFA pour  les compensations communautaires".

      "Le pipeline, cela a été un mirage pour la population. Il ne  nous a rien apporté. Personnellement, j'ai demandé qu'on me  construise une case sociale. Aujourd'hui, je la construis moi-même, avec mes propres moyens", a cependant témoigné à Xinhua le chef  traditionnel de la Lobé, à Kribi.